Le microbiote intestinal fait de plus en plus les manchettes en lien avec la santé digestive, et pas seulement pour le confort intestinal. Un nombre croissant d’études s’intéressent à son rôle potentiel dans le développement du cancer colorectal. Voici ce que la science observe à ce jour, sans exagération ni raccourci.
Le microbiote intestinal désigne l’ensemble des milliards de micro-organismes, principalement des bactéries, qui habitent notre côlon. Cet écosystème, propre à chaque personne, se met en place dès la naissance et évolue tout au long de la vie selon l’alimentation, le mode de vie et l’âge. Un microbiote équilibré contribue à la digestion, régule l’inflammation et soutient le système immunitaire.
Lorsque cet équilibre est rompu, on parle de dysbiose. Plusieurs études récentes associent la dysbiose à un risque accru de cancer colorectal. Des chercheurs ont notamment observé que certaines bactéries, comme Fusobacterium nucleatum, sont présentes en quantité plus importante chez les personnes atteintes de ce cancer. À l’inverse, des bactéries considérées comme protectrices, comme les Bifidobacterium et Lactobacillus, sont souvent réduites.
Une étude menée par des équipes de l’hôpital Henri-Mondor, de l’Université Paris-Est Créteil, de l’INSERM et de l’Institut Pasteur, publiée dans la revue PNAS, a établi un lien entre la dysbiose intestinale, certaines modifications épigénétiques et le risque de cancer colorectal. Ces travaux ont même permis de développer un test sanguin expérimental capable de détecter ce phénomène.
De son côté, une étude publiée dans la revue Microbiome en 2024 a comparé l’effet de différents régimes alimentaires sur le microbiote intestinal. Les résultats montrent qu’un régime riche en viande rouge et en charcuteries modifie profondément la composition bactérienne et s’accompagne de davantage de lésions précancéreuses, comparativement à une alimentation misant sur le poisson et les légumes.
Il faut nuancer ces découvertes : la présence de certaines bactéries n’est pas, à ce jour, une cause directe de cancer, ni un outil diagnostique utilisé en pratique courante. La recherche sur le microbiote demeure en évolution, et les tests actuellement disponibles ne remplacent pas le dépistage standard.
La coloscopie et le test de recherche de sang occulte dans les selles (RSOSi) restent les outils de référence pour détecter les polypes et les cancers colorectaux à un stade précoce.
En attendant que la science précise davantage le rôle du microbiote, certains leviers déjà bien démontrés permettent d’en prendre soin :
Ces habitudes, déjà reconnues pour réduire le risque de cancer colorectal, semblent aussi favoriser un microbiote plus équilibré.
Le microbiote intestinal représente une piste de recherche prometteuse pour mieux comprendre et éventuellement prévenir le cancer colorectal. Mais, à ce jour, le geste de prévention le plus fiable demeure le dépistage régulier. Si vous avez des questions sur le dépistage du cancer colorectal ou sur les recommandations qui s’appliquent à votre situation, parlez-en à votre médecin.